Étendard d’un monde métissé, le wax a été inspiré du batik indonésien et adopté par une Afrique en quête d’identité sociale. Ses calorifications aux messages sociétaux et aux dessins humoristiques enthousiasment jusque dans la haute couture.

Anne Grosfilley, anthropologue et auteure du livre « Wax. 500 tissus », a déclaré à AFP : « Porter du wax est toujours un message. C’est un tissu engagé. C’est l’histoire sociale de l’Afrique racontée à travers le dessin ».

Ayant collaboré avec la maison Dior pour son dernier défilé à Marrakech, Anne Grosfilley, qui s’intéresse depuis 25 ans à l’histoire du wax et à la mode africaine, précise que le dessin alphabet du wax raconte l’histoire coloniale : « A l’époque, on portait l’alphabet pour montrer qu’on faisait partie de la nouvelle génération des personnes lettrées. Aujourd’hui cela peut être aussi une forme de revendication : avec Boko Haram, toutes les petites filles n’ont pas accès à l’école. »

Du wax pour des sacs et ongles

Les dessins du wax sont des moyens de communication non verbale utilisés par les femmes africaines. Quand elles portaient du wax avec des motifs, elles exprimaient leurs sentiments contre le mépris et le peu de valeur que leur accordait la société.

Parmi les plus demandés, on a le wax appelé « Sac de Michelle Obama ». Ce dernier reproduit une pièce de maroquinerie de luxe portée par l’ancienne première dame des Etats-Unis.

L’Italienne Maria Grazia Chiuri, directrice artistique de Dior et féministe engagée, s’intéresse particulièrement à ce tissu par lequel les femmes africaines expriment leurs colères et espoirs. Le wax est spécialement valorisé dans sa collection croisière 2020 de Marrakech.

Atelier des réfugiés et Dior

La collection croisière 2020 est pour Maria Grazia Chiuri, un hommage à la maison Dior et à Yves Saint-Laurent, natif d’Oran et 1er successeur de Christian Dior. Ce défilé met en avant l’idée selon laquelle, au-delà des différences culturelles avec l’Afrique, les échanges créatifs peuvent engendrer des créations uniques. C’est ainsi que Maria Grazia Chiuri a collaboré avec Uniwax pour repenser les codes de la maison Dior dans une édition spéciale du wax. Dans la même façon, le wax a donné lieu à de nouvelles toiles de Jouy aux motifs tarots réinventés.

Inspiré par les tissus que portait Miriam Makeba lors de ses concerts, le wax aux motifs des oiseaux en vol fait partie des modèles sélectionnés pour la collection de Marrakech.

Après une visite à l’usine d’Uniwax en Côte d’Ivoire en compagnie de Maria Grazia Chiuri, Anne Grosfilley explique que : « L’idée était de trouver de nouveaux motifs et un tissu original. Le seul avec une traçabilité africaine complète : culture du coton en Afrique. Filage et tissage au Bénin. Impression en Côte d’Ivoire. »

Malgré l’utilisation du wax dans les collections de la maison britannique Burberry ou des créateurs français Agnès B et Jean Paul Gaultier, l’approche de Dior est tout à fait unique.

Anne Grosfilley souligne : « Travailler avec des Africains qui réinterprètent les codes Dior et créent des nouveaux motifs, et avec du wax made in Africa est totalement nouveau. Ce tissu africain est tout autant luxueux que les matières françaises ou italiennes utilisées par Dior. »

Le wax n’est pas d’origine africaine et n’est pas ancré spécifiquement dans un pays. Toutefois, il a une force fédératrice panafricaine. Les Africains, les originaires d’Afrique et toute la diaspora Africaine s’y reconnaissent. D’où sa popularité en Afrique et en Occident.